Axe Sud - Ecole supérieur d'arts Graphiques et de Communication visuelle à Marseille et Toulouse

Bien dans leur peau !

Le 1er septembre, le nouveau salon de Bearskin Tattoo a ouvert ses portes au 1, avenue des Chartreux. La page des Docks tournée, la saga continue avec la même équipe de passionnés, Michael et Vanessa Musin, frères et sœurs, diplômés d’Axe Sud, illustrateurs de talent - avec comme stylet de prédilection, l’aiguille – et Maïté, aux commandes de l’entreprise.

Avant d’être tatoueur, que faisiez-vous ?

MB : En 2009, ma sœur et moi avons intégré l’école de design graphique Axe Sud. Ma sœur avait déjà un diplôme d’école de commerce. Quant à moi, je n’avais dans les poches qu’un parcours de lycéen dissipé, une bonne connaissance de la suite Adobe et un book de dessins très conséquent commencé dès la petite enfance ! C’est ainsi que nous avons commencé nos “vraies études“, à préférer bosser la nuit plutôt qu’aller en boite ! Pochettes d’album, shooting photo, illustrations, sites web… tous les jobs étaient les bienvenus. Un pour financer nos études, deux pour apprendre le métier ! L’ordre importait peu !

 

Le diplôme en poche, qu’avez-vous fait ?

M.B. : Nous sommes devenus profs d’arts appliqués dans un lycée et simultanément avons continué de travailler pour nos clients rencontrés lors de nos études : Total, Carnivore, Société Générale, marques de vêtements, etc.

 

Tout cela est encore loin de l’univers du tatouage. Comment avez-vous franchi le mur ?

M.B. : Sur un coup de fil. Un ami a envoyé mes dessins à un tatoueur professionnel qui aussitôt m’a appelé : “si tu veux, tu commences demain.“ Ce métier est devenu une évidence. Il me colle à la peau ! Malgré la pression constante de n’avoir pas droit à l’erreur, je travaille de manière détendue, naturelle !

 

Et vous Ness ?

N. : Lorsque mon frère a décidé de créer son salon, le BearSkin, il m’a entrainée dans l’aventure. Le premier tatouage donne quelques sueurs froides surtout lorsqu’on commence par une pièce de 30 cm. Réussie en final, mais quel défi !

 Ness Beasrkin

Pour devenir tatoueur, avez-vous besoin d’une formation ou d’un diplôme ?

M.B. : Le métier n’est pas reconnu par l’état. Aucune formation en arts n’est exigée, aucun diplôme n’existe. La seule obligation est de suivre une formation sur l’hygiène (3 jours). Ensuite, on apprend à l’envie et d’abord, sur soi. J’ai sacrifié une cuisse, ma sœur aussi !

 

N. : Mon frère m’a guidé dans l’apprentissage de la technique, de l’utilisation de la machine et des aiguilles. Aujourd’hui, le matériel permet de réaliser des tatouages très précis.

 

Qu’est-ce qui vous distingue dans votre style ?

M.B. : Mon style est très réaliste. Je n’ai aucune patience contrairement à ma sœur dans l’illustration. Et pourtant, lorsque je tatoue je suis capable de rester concentré des heures durant. Mon travail s’inspire d’artistes comme Matteo Pasqualin, Timur Lysenko, qui sont depuis 20 ans dans le métier. Des monstres dont j’ai beaucoup à apprendre !

Bearskin tattoo

 

N. : L’illustration est ma force, elle me détend ! Et pourtant mes tatouages montrent un penchant graphique. Ils sont très épurés, des ombres légères, peu tramées. Un peu dans la lignée des tatoueurs qui m’inspirent comme Valentin Hirsh. Il travaille tout en point, alliant géométrie et faces animales.

 Ness Beasrkin

Comment choisir son tatoueur ? 

M.B. : Avant tout, faire une recherche approfondie pour voir le tatoueur qui s’approche le plus de son envie. Ensuite, regarder ses tattoos et vérifier qu’il a fait cette pièce en série. Un critère bien plus décisif que le tarif. Un tattoo, c’est pour la vie… contrairement à un sac Vuitton !

 

N. : Le style du tatoueur est primordial. Pour dessiner un loup, chaque illustrateur aura sa griffe ! C’est essentiel de se sentir en phase avec son tatoueur.

 

Comment choisissez-vous vos tatoueurs ?

M.B. : Compliqué ! Sur un coup de tête, parce qu’il est meilleur que moi… ou parce que c’est un ami, un collègue de travail. Mon bras gauche est consacré à de belles pièces, dont une de Benjamin Giuge, ami de Fréjus et premier prix à Deauville « Best of Day », mes autres membres ont écopé de quelques galops d’essai… dont un hot dog réalisé par un ami carrossier !

 

Quelle est votre méthode de travail ?

M.B. : Maïté reçoit toutes les demandes. Elle définit l’envie du client, détermine les mesures du tatouage, compile ses inspirations sous forme d’un book de photos et de dessins, l’oriente si besoin avant de lui faire un devis et de fixer un RDV.

Le jour J, il arrive au salon. Avant son arrivée, j’ai pris le temps de faire une composition en fonction de l’envie exprimée. Je lui explique, lui pose le calque sur le membre choisi. Si besoin, nous réalisons des modifications et ensuite c’est parti pour un ou plusieurs jours. Ness travaille comme moi sauf qu’elle réalise ses compos la veille ! Procéder ainsi nous permet d’être concentré uniquement sur la pièce en cours de réalisation. 

 

Avez-vous eu des clients déçus ?

N : Certains souhaitent parfois perturber notre méthode de travail. C’est une erreur. Dans mes premiers temps, j’ai voulu faire plaisir à une cliente/amie alors que je n’étais pas d’accord avec sa demande. Ce fut la seule fois. Mieux vaut reporter un tatouage ou dire non lorsqu’on perçoit un défaut dans le placement ou les compositions demandées. C’est l’œil du dessinateur qui s’exprime !

 

M.B. : Dans ce métier, il n’y a pas de droit à l’erreur. Avant tout, le tatoueur doit être à l’aise avec l’illustration, sûr que l’emplacement choisi donne un rendu totalement naturel. C’est ainsi qu’il donne le meilleur de lui-même.

 

Quel est le tatouage dont vous êtes le plus fiers ?

M.B. : Un Zeus sur la face interne d’un bras ! Une pièce au dessus de mes capacités, un jour où j’étais exceptionnellement en forme. Depuis ma clientèle s’est multipliée et j’ai décidé de créer mon salon. Une pièce charnière !

 

N. : Le crâne loup !

Ness Beasrkin
Quelles qualités demande votre métier ?

M.B. : Minutie, respect de la personne… une réactivité et une concentration hors norme même lorsque le salon explose de bruits !

 

N. : De l’endurance physique et mentale ! Mieux vaut avoir un bon chiropracteur pour libérer les tensions dues à la posture…

Une excellente technique en dessin. Dans le tatouage, il y a des règles de placement qui demande une vraie lecture de l’image pour la poser à l’endroit idéal, en tenant compte des reliefs de la personne. L’image n’est pas à plat !

 

Signe-t-on ses œuvres ?

M.B. : Oui si le client le demande !

 Bearskin tattoo

Qu’est-ce que vous ne ferez jamais dans ce métier ?

M.B. : Du tribal !

N. : Idem… du tribal et polynésien.

 

En quoi votre formation au sein d’Axe Sud vous a aidée ?

M.B. : Elle m’a apporté des automatismes et une agilité dans l’utilisation combinée des logiciels et des dessins. C’est un vrai plus que beaucoup de tatoueurs n’ont pas. Aujourd’hui, ces compétences me permettent de réaliser un dessin en un temps record et de l’adapter en direct, face au client.

 

N. : La certitude que nous pouvions vivre de notre passion, le dessin… à condition de s’impliquer et travailler dur !

 

Créer un salon demande aussi des compétences d’entrepreneurs. Comment avez-vous fait ?

M.B. : Pour cela, Maïté, auparavant assistante vétérinaire nous a bien secondé. Amie d’enfance, elle a été la première à me suivre dans l’aventure avec la prise en charge d’une multitude de fonctions, réception et compréhension des demandes clients, administration… C’est elle le boss qui canalise l’effervescence constante de mes idées. Notre épopée n’aurait pu avoir lieu sans cet esprit d’équipe entre Maïté, ma sœur et moi.

 Bearskin tattoo

Pourquoi êtes-vous passés des Docks à l’avenue des Chartreux ?

M.B. : Les prix devenaient impossibles aux Docks avec un centre commercial qui dépérissait ! Notre nouveau salon ouvre officiellement le 1er septembre au 1, avenue des Chartreux. C’est spacieux et cela va nous permettre de lancer d’autres activités dont celles de donner des formations en hygiène en conditions réelles (et pas dans un bureau !), de même que des formations sur des aspects techniques du métier, utilisation des aiguilles en fonction du type de peau, souple, tendue..

 

Avez-vous vécu quelques frayeurs dans ce métier ?

M.B. et N. : Les 5 premières minutes avant de commencer sont toujours délicates ! Ensuite, c’est parti ! Côté client, c’est pareil… la peur de l’aiguille s’estompe dans les premières minutes !

 

Peut-on gagner sa vie en tant que tatoueur ?

N. : Oui, la preuve ! C’est un métier de passionnés. Ici personne ne compte ses heures.

 

Quels sont les tarifs ?

M.B. : Un tattoo commence à 80 euros. Ensuite c’est fonction du nombre d’heures. Un dos peut exiger 30 heures de travail ! L’heure de travail s’élève à 100 euros approximativement pour des questions de rentabilité !

 

Qui sont vos clients ?

N. : Des jeunes, des familles et des doyens. Mon plus âgé avait 82 ans !

 

Quels regards portent vos parents sur ton métier ?

N. : Mitigés ! Ils ne se feront jamais tatoués. Mais ils aiment notre professionnalisme et notre rigueur. Et comme ils nous voient épanouis, capables de gagner notre vie, ils commencent à changer d’avis !

 

Est-ce un métier pour la vie ?

M.B. : Totalement ! Avec l’impression d’être en vacances même s’il m’arrive de transpirer de temps à autre !

 Bearskin tattoo

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