Axe Sud - Ecole supérieur d'arts Graphiques et de Communication visuelle à Marseille et Toulouse

Une histoire, une image

Créer une couverture de livres est toujours une aventure en soi : comment imaginer un visuel qui va révéler, sans trahir, une histoire de plusieurs centaines de pages ? Comment initier un lien entre les mots, les images et le livre objet/sujet qui va retenir le regard du futur lecteur, même caché parmi des centaines d'autres livres sur le rayon des librairies ? Aujourd’hui, directrice artistique chez Nathan Jeunesse, Laurence Ningre s’occupe de l’ensemble des collections dédiées à l’adolescence, la parentalité... Un poste à son image qui allie créativité, empathie et relationnel.

Quelle est votre fonction chez Nathan Jeunesse ?

LN : Comme directrice artistique chez Nathan jeunesse, je suis en charge de l’ensemble des éditions sur et autour du sujet de l’enfance et de l’adolescence. La gamme de collections concernées est multiple, allant du livre pour bébé, en passant par les jeunes lecteurs, les adolescents mais aussi les parents avec des gammes comme les écoles alternatives Montessori, la parentalité positive, ou la communication non violente... Ma fonction s’accroît d’années en années et j’alterne les missions :

  • conception de couvertures photo 
  • recherche et suivi des illustrateurs, création de pools de graphistes en charge de l’exécution des ouvrages ;
  • organisation des shooting photo, parfois du stylisme 
  • réalisation d’affiches de films (en freelance)
  • etc.

Nos budgets sont restreints, il faut donc trouver des solutions adaptées, aimer la débrouille et la négociation, parfois difficile.

 

Vous levez-vous avec l’envie de travailler ?

LN : Oui, encore et toujours, même si je ne suis pas du matin ! Je suis rarement la première au studio.

Comment se passe une journée de travail pour une DA chez Nathan ?

LN : Nous sommes une grande famille et à son image, les journées commencent dans l’échange autour d’un café. Le rythme s’accélère ensuite, souvent très haché avec une alternance de mails, de création, de logistique et d’appels téléphoniques... Tout l’art est de savoir conjuguer des moments de concentration pour la partie création, rester disponible pour toute l’équipe sans se laisser happer par les demandes multiples.

Les réunions hebdomadaires sont les points d’orgue, en particulier la réunion couverture où nous présentons nos créas en cours. Nous l’appelons le Grand oral. Nous présentons nos projets, confrontons nos points de vue, défendons nos idées. Ce n’est pas toujours simple, parfois déstabilisant et surtout extrêmement enrichissant si l’on dépasse l’aspect purement affectif du projet pour regarder la critique comme un chemin d’évolution.

L’autre réunion hebdomadaire, essentielle, concerne la production. C’est le moment où nous abordons tous les aspects techniques d’une part avec le fabriquant (choix du papier, date de livraison...), administratifs avec l’assistante (paiements des extérieurs, contrats à faire...) et l'édito (date de remise des textes, relecture, re-écriture, traduction etc.)

 

Pourquoi avoir choisi l’édition ?

LN : Lors de mon stage de fin d’étude j’avais très envie de venir voir de plus près ce qui se passait à Paris. J’ai donc pris rendez-vous avec des agences de publicité et des éditeurs dont Plon-Perrin. Lors de cet entretien, j’ai rencontré la DA avec qui j’ai eu un très bon feeling. À elle seule, elle avait une charge de production très conséquente. J’ai senti que j’aurais toute latitude pour faire ma place et mettre mes compétences à son service. J’ai sauté dans le grand bain, aussitôt, en illustrant des couvertures de fiction adulte, des essais, mais aussi des biographies. Peu à peu ma gamme de fonctions s’est étoffée et j’ai gagné en autonomie. Après un mois de stage, je suis revenue pour 6 mois, 1 an et… 12 ans plus tard, je suis encore à Paris. À l’époque, c'était un choix stratégique. Aujourd’hui, je suis très heureuse d’avoir pris cette décision  

 

Selon vous, est-ce difficile de trouver du travail en tant que graphiste ou illustrateur dans l’édition ?

LN : Lors de mes années d’étude, j’ai entendu cette phrase très souvent : “C’est fermé ! Bon courage !“ Heureusement, j’ai toujours privilégié le verre à moitié plein. Si je dois répondre à la question de la difficulté de trouver du travail dans l’édition, je répondrai qu’en effet les places sont chères en interne mais que pour ma part, je recherche constamment des graphistes ou illustrateurs de talent. Avec une prod d’une cinquantaine d’ouvrages par an, chaque demande est spécifique, unique. C’est l’aspect le plus délicat mais aussi le plus passionnant de mon travail : découvrir quel illustrateur, graphiste, typographe ou quelle photo sera le (la) plus adapté(e) à ce manuscrit destiné à la cible «young adult» ou à cet autre cahier d’activités pour reconnaître les animaux du monde ou encore pour cet ouvrage à destination des parents dépassés par les colères de leur enfant.  

Et même si le secteur de l’édition reste bousculé par le monde digital, Nathan est numéro 1 du marché jeunesse et continue à investir dans son domaine.

 

Comment susciter la créativité de vos équipes ? 

LN : Le processus créatif est propre à chacun, j’essaye donc de ne pas imposer ma «méthode» aux autres et de laisser la place à l’impulsion créative de chacun. Cela étant, il me semble que la bonne équation est un savant mélange fait de :

  • curiosité : les idées ne tombent pas du ciel, il faut se nourrir d’images encore et encore
  • remises en question et d’empathie : qui ne doute pas, ne saura pas entendre ni recevoir le ressenti d’autrui, celui du client en l’occurrence
  • rigueur et de détermination : croire en ses intuitions, savoir les défendre
  • et bien sûr la base de tout : la passion !

 

Adaptez-vous le projet en fonction du style de l’illustrateur ou l’inverse ?

LN : J’aime créer des rencontres qui obligent le créatif à sortir de ses repères, de sa zone de confort. Pour cela il est indispensable de créer un climat de confiance mutuelle. Lorsque je choisis un illustrateur pour une couverture, j’essaie de percevoir son potentiel. En fonction de son expérience, capacité d’empathie avec le brief, je vais adapter mon accompagnement et lui laisser une plus ou moindre grande liberté de création. Certains créas me demandent un brief très cadré, d’autres préfèrent que je leur laisse une grande liberté.

 

Ce que vous aimez dans votre métier ?

LN : Tout l’humain qui s’y cache ! Cette partie invisible, hors champ qui est fondamental dans la création. Notre métier est tissé d’émotions qu’il faut aller découvrir dans le génie des graphistes et illustrateurs que je côtoie au quotidien. Ces talents qui oscillent entre enthousiasme, affectivité, susceptibilité, envie d’oser, d’avancer et peur de la critique. C’est très subtile, et infiniment fragile... les relations peuvent vite être douloureuses si l’on ne respecte pas la personnalité de chacun, si le créatif se sent dépossédé par des exigences, des contraintes qu’il ne va pas comprendre, juger commerciales. C’est ce que j’aime vraiment dans mon métier, créer un échange qui nous permette de construire ensemble le visuel en totale adéquation avec l’histoire, celui qui la dévoile sans la trahir. Mais j’aime aussi, par-dessus tout, créer un visuel de A à Z. Repasser de l’autre côté, celui du graphiste et non du DA, me procure une immense joie.

 

Quel est le plus grand défaut de votre métier ?

LN : Je ne dirais pas que ce métier à un «défaut», je dirais plutôt que MON défaut serait la maitrise de l’aspect technique. C’est terrible à dire mais je suis meilleure créa qu’exe. Ce n’est pas pour autant un frein, même s’il m’arrive parfois de faire appel à un bon technicien pour réaliser une image que j’imagine mais qui n’existe pas. C’est ce qui s’appelle un travail d’équipe ! Mutualiser les compétences.

 

Axe Sud, si c’était à refaire ?

LN : Sans hésiter ! J’ai adoré.   

 

Axe Sud, en 3 forces ?

LN :

  • Liberté, une facette que j’ai beaucoup appréciée, en phase avec ma personnalité !
  • Créativité... une évidence !
  • Ludicité. Dans mon imaginaire, cette époque reste très joyeuse et colorée !

 

Étudier à Marseille, comment était-ce ?

LN : Soleil, chaleur... la plage et ses siestes ne sont jamais loin, ce qui rend le choix cornélien entre le farniente et les devoirs. Mais quelle chance au final ! Aujourd’hui, après une décennie, je constate depuis Paris, une plus grande attractivité et un dynamisme prégnant qui font plaisir à voir. Ça donne envie de multiplier les ponts entre les 2 villes, de décentraliser un peu Paris (et l’édition) à Marseille. Je milite fortement pour le télétravail depuis Marseille. On n’y est pas encore, mais je suis sûre que ça viendra. Trois heures de TGV, ce n’est rien !

 

Quels sont vos projets pour demain ?

LN : J’ai toujours eu beaucoup de projets et de rêves. Hier, je fantasmais sur le cinéma, et mon rêve a pris forme puisque l’an dernier j’ai réalisé (en tant que free-lance) 2 affiches de films pour le distributeur Jour2fête. Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre et de partager mon expérience... J’adorerais le faire dans l’école qui m’a enseigné les bases de ce métier que j’aime tant !

 

Extraits du book de Laurence…

célèbrièvité               un bon ange       

Chez Plon, mon travail consistait essentiellement à rechercher des photos ou créer des illustrations en phase avec le texte.

 

       

              

Deux séries qui cartonnent en librairie et sur lesquelles j’ai imaginé le concept et que j’ai réalisé dans sa totalité pour les Sœurs sorcières et partiellement pour Les filles au Chocolat. Sur cette série, j’ai fait appel à une styliste culinaire qui a confectionné les cupcakes à partir de mes roughs. J’ai pris l’option de sortir des codes et de mélanger les genres en présentant des couvertures très gourmandes et ainsi sortir des traditionnelles images d’ados. C’est ce genre d’alliances imprévues que j’aime créer et qui interpellent le lecteur !

 

              

Pour la série Trois (ou quatre) amies, j’ai organisé une séance photo avec 4 jeunes filles au plus proche des prises de vue dans une vraie photomaton. J’ai donc cherché une solution pour recréer ces mêmes conditions et je suis tombée sur la location d’une machine appelée «flashmat» pour qu’elles gardent le même esprit, le même délire et que le résultat soit le plus naturel possible. En faisant appel à un vrai photographe le résultat aurait été plus «artificiel». Bilan : une couverture à leur image, fun et vivante.

 

          

Les one Shot (toujours des collections dédiées aux adolescents), la couverture est le premier contact avec le lecteur (futur acheteur). Il faut donc s’approcher au plus proche des désirs inconscients de nos éventuels lecteurs, susciter la prise en main (le moment de vérité) qui donnera l’envie (ou non ) de lire le résumé, au dos du livre. Je n’hésite pas à participer à la recherche du titre avec les éditrices, c’est une manière de créer une totale cohérence dans la triade texte-image-titre. L’idée de cohérence est très importante dans l’acte d’achat et la prise en main.

 

montessori     

J’ai souhaité une charte graphique très épurée et blanche allié à une typo cursive pour la gamme Montessori qui est une pédagogie singulière dite «ouverte» par rapport aux méthodes dites traditionnelles. Il m’importait de créer de l’espace avec ce blanc allié à une police de caractère simple et épurée tout en restant ronde et affective.

 

            

Les roughs permettent de comprendre comment construire une couverture, une affiche de film et ses différentes propositions… ainsi que les tergiversations entre producteurs et acteurs. Pour l’affiche du film de Larry Clark, la piste retenue est celle où le titre “The smell of us“ apparaît en majeur. Si les distributeurs souhaitaient souligner le nom de Larry Clark, ce dernier a quant à lui, préféré valoriser celui du film.

 

larry clark larry clark larry clark larry clark larry clark

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Et des photographes

Manolo Mylonas et the last but not least JADTI PUTRA