Axe Sud - Ecole supérieur d'arts Graphiques et de Communication visuelle à Marseille et Toulouse

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Une moisson d’idées et de rencontres

Présent au 44e Festival International de la BD d’Angoulême, Clément Baloup, auteur de BD et enseignant à Axe Sud, nous livre les clés de ce festival pour tout jeune auteur qui s’y rend pour la 1ère fois !

Comment s’est passé le Festival d’Angoulême ?

Clément Baloup : Mon dernier album, Les Mariées de Taïwan, était “attendu“ par ceux qui suivent la série. Tout juste publié, il tombait à point. Les deux éléments conjugués ont favorisé un bel accueil du public, des journalistes et des éditeurs : enthousiaste et chaleureux. Les gens ne tarissaient pas d’éloge pour mon travail : mes anciens professeurs d’Angoulême comme mes confrères ou éditeurs. J’en étais presque gêné !

 

Quel est le sujet des Mariées de Taïwan ?

C.B. : Les Mariées de Taïwan parle d’une réalité méconnue, celle des mariages arrangés entre jeunes filles pauvres de l’Asie du Sud-Est avec des hommes de Taïwan, soit disant riches et prospères. Toutes les histoires racontées partent de témoignages réels – femmes et hommes - qui décrivent ce commerce humain, une face sombre de Taïwan passée sous silence. Ce sujet dévoilé par un Français d’origine vietnamienne pourrait porter à polémique. Ceux qui le découvrent au travers de la BD sont généralement étonnés, interpellés… émus.

 

En quoi le traitement BD apporte un éclairage nouveau sur le reportage traditionnel ?

C.B. : L’utilisation de la BD reportage donne de la distance à une réalité abrupte si elle est prise sur le vif… comme le font les photos ou vidéos déversées pêle-mêle sur Instagram ou Snapchat.

Le dessin est une entrée progressive dans l’histoire, intime et pudique. Le lecteur va respirer avec le personnage, découvrir peu à peu son destin, les raisons de son choix, ses souffrances. Les 250 pages offrent un espace de gestation, un temps de maturation qui vont à l’inverse de l’immédiateté de nos réseaux sociaux actuels où tout est volé sur l’instant… et oublié !

 

Pour cet album, as-tu renouvelé ton style graphique ?

C.B. : Le sujet va de lui-même nourrir et façonner mon style. Dans ce reportage, la sincérité des témoignages, la violence “muette“ des situations m’ont fortement ému. Une multitude d’émotions que j’ai tenté de rendre par une facette onirique, avec des personnages animaliers qui traduisent ce ressenti des personnages. Manière pudique et puissante d’exprimer leur répulsion, leur désir d’en finir…

Chaque album est une re-création. Un artiste qui ne se renouvelle pas est un artiste est mort. C’est le paradoxe que j’essaie de transmettre à mes élèves : l’exigence de trouver son style et la nécessité d’aller sans cesse vers de nouveaux horizons graphiques.

 

As-tu quelques conseils à donner aux jeunes auteurs qui se rendent pour la 1ère fois au Festival d’Angoulême ?

C.B. : L’événement est incontournable. C’est une véritable ruche, un endroit fou durant 3, 4 jours qui rassemblent le monde de la BD française et internationale. Asie, Amérique, Afrique, Japon… Ils sont tous présents. Une opportunité phare pour lier des contacts avec des auteurs, des éditeurs, des scénaristes, des journalistes où chacun a du temps pour vous écouter. En 3 jours, on se remplit d’images, de rencontres. Le côté festif d’Angoulême booste ces échanges. En tant qu’auteur de BD, un peu coincé, on baigne ici dans notre élément, tous les participants possèdent les mêmes codes. Il est très facile de passer d’une rencontre professionnelle, avec un éditeur, à une conversation passionnée avec un auteur, puis de terminer la soirée au sein d’un vernissage improvisé. Trois jours épuisants et grisants, un terreau fertile pour toute une année !

 

Quelque conseils pratiques ?

C.B. : La valise idéale, selon moi :

  • Des vêtements chauds
  • Un foie à toute épreuve
  • Des réserves de sommeil pour rester très éveillé durant trois jours
  • Avec dans les mains, quelques dessins et surtout un projet structuré.

Nul besoin d’imprimer ses dessins sur un format raisin, quelque peu encombrant et absolument pas représentatif d’une BD, format A4. L’objectif est de pouvoir montrer un projet qui dévoile son style, ses capacités et qui permettra à un éditeur de nous contacter pour un projet du même style.

Et j’oubliais, avoir un stock de cartes de visites avec un dessin de son cru. C’est très utile pour partager avec les étrangers qui ne comprennent pas notre français et pourront ainsi aller sur notre site.

 

Personnellement, je pense qu’en tant que jeune auteur de BD, il est urgent d’aller au maximum de festivals, locaux ou régionaux. Tous sont de très bonne qualité professionnelle. C’est très important de s’exposer et d’aller à la rencontre des professionnels et de son public.

 

Peux-tu nous donner tes coups de cœur et découvertes réalisés lors de ce festival ?

C.B. : Parmi le palmarès 2017, je retiendrai L’été Diabolique avec pour dessinateur, Alexandre Clérisse et scénariste, Thierry Smolderen (Ed. Dargaud). Avant même d’être primé par le Festival, cet album avait acquis sa notoriété par le bouche-à-oreille.

Par ailleurs, j’aime tous les éditeurs qui défrichent comme :

- la Boite à Bulles, très ouverte aux jeunes et aux projets contemporains ;

- la maison d’Edition Rue de Sèvres  très offensive actuellement avec des albums comme Infinity 8 réalisés par des stars de la BD - Zep, Vatine, Bertail… - et lancés sur le marché avec des sommes colossales !

- Vide Cocagne belles productions décalées et avant-gardistes. Des éditions qui gagnent à être connues.

- Et puis Actes Sud BD, ils sont de véritables défricheurs de talent. Ils ont l’art de dénicher des auteurs inconnus et de souffler chaque année une belle moisson de prix. (En 2017, Prix du meilleur album avec Paysage après la bataille).

- Je n’oublierai pas les éditions marseillaises “Même pas mal“ dirigées par Chloé et Mélanie. Leurs choix sont audacieux et dénotent une vraie politique éditoriale. A suivre !

 

 

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